RETOUR Sortir du vide managérial ?


Avec la crise financière et économique, le constat du « vide managérial », auquel je consacre le premier chapitre de mon livre, prend une résonance particulière. Ce vide désigne une forme spécifique et cependant centrale du « vide social » : c'est-à-dire d'un moment historique caractérisé par une panne de sens, une panne de transcendance.

On voit bien que les idéaux, les modèles de pensée et d'action anciens font fiasco ; mais faute de solution de rechange crédible, on continue de s'y accrocher sans plus vraiment y croire. D'où un désarroi, un malaise, un repli sur soi souvent teintés de cynisme et d'anti-intellectualisme : plutôt que d'affronter l'angoisse et le vertige d'une remise en cause radicale, on renonce aux idées nouvelles. Au cours de l'histoire, des sociétés, des civilisations entières ont vécu ces situations d'« anomie », les sociologues nomment ainsi la désintégration des repères qui règlent la conduite des hommes et assurent la cohésion sociale. Nous traversons aujourd'hui une période comparable.

Après l'écroulement du communisme, c'est maintenant au tour du modèle capitaliste de vaciller sur ses bases. Certes, on peut toujours se bercer d'illusions, nier le problème ou le réduire aux excès du capitalisme de casino des spéculateurs financiers. En réalité le mal est profond, et il atteint le coeur des entreprises. Le désordre économique, tout comme la perspective d'un désastre écologique planétaire, nous poussent à concevoir d'autres voies de croissance. Lesquelles ? Personne ne le sait encore.

Il importe de ne pas chercher à combler le vide précipitamment, par des « remèdes » qui se révéleront autant d'illusions ou d'impasses. Les périodes de vide social ont un aussi aspect positif : elles libèrent un espace pour imaginer d'autres possibles. Il nous faut prendre le temps d'explorer et d'expérimenter ce « champ des possibles », pour construire collectivement un futur viable, en inventant de nouvelles façons de travailler ensemble et de produire de la richesse.

La réflexion sur le management, cet art de conduire l'action humaine, prend alors une dimension cruciale.





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