
Par Philippe Masson, Membre du conseil de surveillance de Transformance
Crise financière et crise de l'économie réelle trouvent leurs racines dans une cause plus fondamentale : la crise de confiance qui a fait imploser les relations entre les acteurs du système financier, qui accélère la perte de confiance de bien des citoyens dans leurs institutions, qui contamine les relations entre les parties prenantes de nos entreprises, et qui finit par éroder la confiance que nous avons en nous-mêmes.
Les équipes de Transformance constatent dans leurs activités de coaching et d'accompagnement de la transformation des entreprises une tendance bien naturelle des dirigeants, dans le contexte actuel, à renforcer les contrôles de toutes sortes pour maîtriser leurs risques et éviter les dérapages qui ont coûté cher à certaines institutions ou pour mettre la pression sur les coûts.
Ce retour en force de la « théorie X » dans le management risque de produire des dommages collatéraux, car l'innovation et le développement des entreprises requièrent une liberté d'action et une volonté de prise de risque qui ne s'épanouissent que dans un climat de confiance.
Et la volatilité de notre environnement, qui a peu de chance de se résorber rapidement, milite pour des organisations agiles, au sein desquelles les décisions se prennent sur le terrain et leur cohérence est assurée par le partage d'un projet porteur de sens entre les acteurs de l'entreprise.
Notre conviction est qu'il est préférable d'oser la confiance pour surmonter une crise sans compromettre l'avenir. C'est la thèse que défendait déjà Vincent Lenhardt, fondateur de Transformance, et Bertrand Martin, à l'époque Président de Sultzer France, dans leur ouvrage « Oser la confiance », publié en 1996. Mais quels en sont les ingrédients ?
Le niveau de confiance entre deux ou plusieurs personnes physiques ou morales dépend d'abord du respect mutuel qu'elles vouent à leurs compétences. Il est en outre lié à la confiance qu'elles ont dans le caractère de l'autre et dans le contrat relationnel qui s'est établi entre elles. Il est enfin conditionné par le degré d'ouverture et le souci de discrétion dont les parties font preuve dans leur communication.
C'est en menant un diagnostic des éléments de comportement qui renforcent ou qui détruisent la confiance dans ces différentes dimensions que les dirigeants peuvent apprécier l'évolution de leur capital confiance au niveau individuel ou à celui de leur entreprise et de ses différentes équipes, et prendre les mesures nécessaires pour le renforcer.
Le chemin risque d'être laborieux dans les entreprises les plus touchées par la crise, où la perception du risque est maximum, et dans celles dont les collaborateurs ont perdu leur capacité à faire confiance, sous l'effet cumulatif des petites et des grandes trahisons que leur ont fait subir leurs managers. Mais les témoignages ne manquent pas pour démontrer que la confiance paie dans les entreprises.